Un courrier très intéressant
Nous publions ci-après un courriel adressé à notre Saint Père Benoît XVI, reçu ce jour en copie. Bien entendu, cette publication se fait avec l'accord de l'auteur.
Mutien-Omer Houziaux
Belgique.
Le 13 octobre 2006.
Très Saint-Père,
Puisque la possibilité m'en est donnée par la voie d’Internet, je prends la respectueuse liberté de répondre à l'appel fait aux catholiques par le Collectif pour la paix liturgique à Reims et contre l'exclusion dans l'Église catholique. Ce Collectif invite les internautes à manifester leur adhésion à la volonté du Successeur de Pierre de lever une interdiction de facto de célébrer le Saint-Sacrifice de la Messe selon le rite de saint Pie V (sauf autorisation expresse de l'Ordinaire du lieu).
Dans de nombreux quotidiens, il est dit, clairement ou à demi-mots, que le rite ancien a été aboli par « le » Concile. Ceux qui ont vécu les pénibles querelles post-conciliaires et qui sont un peu au fait de la question savent que nul n'a autorité pour abolir le rite instauré par votre illustre prédécesseur saint Pie V, repris par saint Pie X, puis par S.S. Paul VI. Cette prétendue abolition est une contrevérité que l'on voit à nouveau fleurir à l’annonce d’un prochain Motu proprio sur le sujet. La compréhension que Votre Sainteté manifesterait ainsi à l’égard des prêtres et des fidèles attachés à la liturgie dite « de saint Pie V », même si elle suscite quelques critiques au sein de l’Église, ne peut être entendue que comme un geste fraternel d’accueil vis-à-vis de chrétiens qui, ni hérétiques ni schismatiques, entendent pratiquer leur religion comme leurs aïeux, mais en parfaite communion avec Rome. Les champions de la tolérance comprennent-ils que cette tolérance s’impose également à eux ? Parfois, ils ne semblent guère apprécier l’adage « Roma locuta est », alors même que Rome prêche l’ouverture !
Il est un second mensonge que diffusent les médias : le latin est présenté comme la langue de l'ancien rite, tandis que l'usage des langues vernaculaires serait le seul autorisé dans le Graduale Romanum établi sous l’autorité de feu le pape Paul VI. Le but est évident : discréditer tout ce qui gêne les mensonges répandus dans l'Église et, qui pis est, par des ecclésiastiques qui prétendent s'appuyer sur les recommandations « du » Concile. Ces ecclésiastiques savent à coup sûr que les textes élaborés par Vatican II, les écrits et discours des papes (S.S. Jean XXIII le premier) et le Graduale romanum « de » S.S. Paul VI (Solesmes, 1974) recommandent de cultiver les « trésors » que sont le latin, le chant grégorien, la polyphonie sacrée, sans exclure, bien entendu, l'usage des langues modernes et les compositions musicales contemporaines de qualité, dignes d'une liturgie respectueuse des saints mystères. L'attitude de ces clercs « progressistes » est d'une profonde malhonnêteté intellectuelle, mais c'est eux que beaucoup écoutent !
Un exemple concret de cette intolérance « progressiste » est sous mes yeux. Il s'agit d'un article publié ce vendredi 13 octobre 2006 dans un grand quotidien bruxellois francophone, La Libre Belgique. (Ce journal était autrefois classé « catholique » ; sans doute dans le but d’accroître son lectorat autant que par conviction (?), ledit quotidien prend fréquemment ses distances avec ceux et celles qu'il juge « (politiquement, religieusement,… x-ment) incorrects », c'est-à-dire non conformes à la pensée dominante.) Le journaliste Christian Laporte ose intituler son article : « Le cheval de Troie des traditionalistes » pour flétrir d'entrée la pleine réhabilitation du latin qu'il confond - ou plutôt feint de confondre - avec un retour de la messe tridentine. Les mêmes amalgames apparaissent sans vergogne dans des quotidiens français comme Le Figaro. On ignore ainsi superbement les arguments qui militent en faveur d'une attitude honnête et compréhensive à l'égard des fidèles attachés à une tradition respectable et... très opportune. Au mépris des instructions romaines, on écarte, notamment, l'usage, jugé rétrograde, du latin. Déjà en 1968, un de mes collègues, professeur à l'Université de Neuchâtel et de religion protestante, me confiait : « Ce qui nous étonne chez vous, les catholiques, c’est votre empressement à reléguer au rayon des vieilleries ce que nous vous envions le plus : l'usage du latin. » Sages propos ! Établie comme langue universelle du culte, la langue latine est plus « fonctionnelle » encore que jamais : de nos jours, les moyens de transport et de communication ont, pour ainsi dire, « rétréci » le monde au bénéfice d’un nombre croissant de personnes. Je pourrais évidemment réagir aux mensonges colportés par M. Laporte et son journal, mais, ces derniers temps, les responsables dudit quotidien honorent régulièrement ma prose d'un classement vertical. Heureusement, la doyenne des revues belges, La Revue générale, accueille de temps à autre des articles nés de ma plume et dont le contenu n'a pas eu l'heur de plaire aux censeurs de La Libre Belgique; ainsi, sur la question ici évoquée, a pu paraître ma dissertation intitulée "Vers une liturgie désacralisée ?" (La Revue générale, octobre 2005, 43-51.)
Qu'il s'agisse de bioéthique, d'œcuménisme, de dialogue interreligieux ou de liturgie, je suis de ces fidèles prêts à agir de leur mieux pour soutenir, à leur modeste niveau, les initiatives que prend ou encourage le Saint-Siège.
Daignez agréer, Très Saint-Père, les salutations déférentes d'un très obéissant et très humble de vos serviteurs en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Mutien-Omer Houziaux
Maître de conférences e.r. à l'Université de Liège
Ancien organiste titulaire de la cathédrale Saint-Paul à Liège,